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Manteau de silence, de Jean-Luc Wauthier, éditions d'écarts.
« Le
lecteur ne lit jamais un poème, mais il « se » lit dans le
poème », écrit Jean-Luc Wauthier, citant Fernand Verhesen au dos
de son dernier livre. Lequel se constitue de trois parties d'inégale
longueur : Poèmes visibles, Les Bavardages de l'aphasique et Terres
visibles. S'agit-il d'un testament poétique ? Tout le laisserait croire.
Prêtre aphasique et bavard d'une église désaffectée il m'arrive encore de capturer au filet l'un ou l'autre mot mal tué épargné par les engoulevents de la nuit
écrit-il
superbement au terme du recueil, pour constater, amer mais sans
doute soulagé, que la flamme encore admirée chez lui, n'est
« depuis toujours » que de la cendre. Comment ne pas se
sentir concerné par cette mélancolique constatation qui est le lot de
tout authentique poète s'il jette un regard en arrière. Lorsque
Wauthier parle de lui, c'est de nous aussi que généreusement, il parle.
Les trois grands sujets, comment s'en étonner, sons ici l'écriture, le
retour à l'enfance et la mort qui rôde. Pourrait-il en être autrement ?
Libre, disait Malrieu, comme une maison en flamme. Et Wauthier, en écho
:
Ah qu'enfin je te retrouve, poésie, petite fille aux allumettes aux doigts gelés.
Et que flambe enfin toute la maison.
A
partir d'un certain degré de conscience poétique, il est évident qu'on
ne « joue » plus, que les masques tombent et que, seul enfin
face au miroir, on se reconnaît pour ce que l'on est vraiment : un
passant (peut-être considérable, dirait Mallarmé le Grand) et rien
d'autre en vérité. Mais il y a des passages qui durent. Le dur désir
aurait dit l'autre. Cependant : « Le jour / où le dernier
homme / aura rendu son dernier souffle / le silence assourdissant qui
suivra / sera celui d'un poème enfin visible », écrit le poète en
une parole de certitude et d'espoir. Qu'il confirme quelques pages
après : « A tant rêver le visage du temps / nous avions fini
par dresser / dans une ville inconnue / le dur rocher du poème / au
seuil de la maison des morts. » Et c'est pour constater que
: « Plus jamais nous ne monterons les marches / de la
soif. / Seul notre jumeau / fait encore semblant de vivre / tandis que
le feu s'éteint. » Le thème du gémeau ( ou du doppelganger)
apparaît d'ailleurs sous diverses formes dès les premières pages du
livre et, tant le Nu intérieur II que dans La Rivale par exemple, on
retrouve ce désir de s'échapper du corps comme du temps. Et du mythe.
« Ai presque malgré moi / brisé les ailes de cristal / dont
on voulut jadis / m'affubler. » C'est pourquoi, avec une fière
humilité, il tente une sorte d'Illumination (« Et je quittai
la ville noire... ») dont il se tire à merveille tout en restant
parfaitement Wauthier. Et pourquoi aussi, tel un vieux sage oriental, à
la question du disciple: « Mais alors, Maître, quel est le
problème du poème ? », il peut répondre impavide: « Le
poème lui-même. Tais-toi maintenant. » Ultime réponse, à quoi ne
peut que correspondre l'ultime constat : « Ce sont de vieux
livres touchés par la nuit / venus d'un pays aux hommes sans
visage / et que les femmes enterrent en silence. / Ce sont de
très vieux poèmes / évadés d'un monde de fer de feu de sang / des mots
partis en fumée / et dont il ne reste rien.
C'est un pays blanc, Laisser moi seul à présent. »
J.Lovicchi Note de lecture parue dans le numéro 2 de la revue "Phoenix". Avril 2011
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